La douleur de l'accouchement: une initiation?

Publié le par L'Âge de Lait

La douleur de l'accouchement est toute relative, et bien différente d'une femme à une autre, d'un accouchement à un autre. Cependant, à notre sens, elle reste largement supportable: après tout, ne s'agit-il pas de mettre au monde son enfant? Ce n'est pas une expérience qui dure éternellement, on sait qu'elle prendra fin à la délivrance, et cette simple pensée devrait permettre à la plupart des femmes de supporter cette douleur, aussi intense soit-elle.

L'accouchement peut déclencher diverses douleurs, différentes: des douleurs articulaires, musculaires (contraction de l'utérus surtout), d'étirement des tissus, névralgiques (pour l'accouchement "par les reins").

La sensation de la douleur de la contraction peut être vécue et perçue très différemment selon les femmes: intense, cuisante,  qui coupe le souffle, qui coupe les jambes, comme une brûlure, comme une crampe, un spasme, des douleurs de règles (amplifiées), des coliques, des douleurs aux reins...

Cela reste de simples douleurs physiques! Or la douleur, si elle est désagréable, est une sensation qui permet au cerveau de tirer une sonnette d'alarme: des endorphines seront libérées, atténuant la douleur. La douleur permet de se sentir concernée par son accouchement et de créer sa bulle, mettant en place ainsi les meilleures conditions pour un accouchement physiologique et sans complications (nombre de femmes qui ont la péridurale lisent, pendant leur accouchement, ou rigolent avec leur compagnon, discutent... sont donc désimpliquées!!). La douleur permet d'accompagner son bébé dans la tourmente qu'il est en train de vivre, au coeur de sa naissance, et d'être présente, avec lui, de vivre avec lui cette tourmente, et ainsi il ne se sent pas seul, abandonné. Ces douleurs, grâce à la production d'endorphines (lorsque le processus n'est pas perturbé) et à la joie de tenir bientôt son bébé dans ses bras, sont tout à fait supportables. Mais lorsque le mental vient se greffer là-dessus, la douleur peut se transformer en souffrance, en détresse.
La souffrance, contrairement à la douleur qui est physique, est un ressenti psychique. Elle n'en est pas moins réelle. L'accouchement peut parfois réveiller des (vieilles) blessures, réactiver une souffrance plus ancienne. Celle-ci n'est pas directement liée à l'accouchement lui-même, mais celui-ci en est l'élément révélateur (une naissance difficile, un abandon, une perte d'enfant, un abus sexuel ou viol, des problèmes au cours de sa propre enfance...). C'est soudain le désarroi et la femme a réellement besoin d'aide. Si la grossesse n'était pas désirée, ou que la mère (ou le père, puisque la peur et le désarroi sont communicatifs) ne se sent pas prête à accoucher, qu'elle a peur de l'accouchement ou de sa vie future avec son bébé, la douleur peut également se transformer en souffrance. Avec de l'aide, du soutien, elle peut comprendre ses peurs et passer au-delà de celles-ci.

L'intensité de la douleur est subjective et n'est pas la même pour toutes, cependant elle est liée à certains éléments qui, comme données extérieures, peuvent être modifiés voire supprimés:

* le contexte culturel ("tu accoucheras dans la douleur"): c'est la base de notre vision occidentale de l'accouchement, véhiculée et alimentée d'autant plus par les expériences de toutes les femmes qui ont eu un accouchement difficile (une femme qui n'a pas eu mal ou peu est considérée comme "chanceuse", son accouchement est "une exception", et on en entend peu parler. Et on n'entend jamais parler de ces femmes qui, loin de souffrir, ont eu un orgasme pendant leur accouchement! C'est un sujet presque tabou...). Les préparations à la naissance sont appelées "accouchement sans douleur", mais les femmes ne sont pas dupes et se sentent au contraire angoissées par ce manque d'information. Remplacer le "tu enfanteras dans la douleur" par un "tu enfanteras dans la joie", permet de se libérer de cette angoisse, de cette peur inconsciente, et le véhiculer permet aux femmes de reprendre leur place d'"initiatrices de vie", donnant la vie à leur enfant dans la joie, malgré des douleurs parfois indubitables, et dans l'amour.

*l'acceptation de la douleur: des douleurs, nous en avons au quotidien. Elles sont généralement moins intenses qu'au moment de l'accouchement, mais elles sont de même nature! En s'entraînant, au quotidien, à conscientiser ces douleurs, on peut entrer à l'intérieur même de la douleur, l'accompagner plutôt que d'en être le spectateur et la victime. Etre passif, c'est être vulnérable à la douleur. Ce n'est pas les médecins qui accouchent la femme, c'est elle et elle seule qui donne la vie, qui met son enfant au monde. Les autres peuvent la soutenir, l'accompagner, mais c'est à elle de faire le travail. Dès que la douleur est acceptée et accompagnée, l'énergie qui était bloquée redevient disponible pour agir. Lorsqu'on est actif et conscient, le vécu change radicalement, et la douleur peut au contraire devenir une force, une vague qui  entraîne la mère au-delà de ses limites, qui lui donne la puissance, à cette Déesse-Mère qui a la capacité d'enfanter, de faire jaillir de sa chair la Vie.

*l'environnement actuel:  à notre époque, la douleur est tabou. On peut maintenant la supprimer, grâce à des moyens médicaux, et ne pas le faire semble presque un sacrilège. Pourtant, à force de refuser la douleur, à force de vouloir l'éliminer dès qu'elle apparaît dans sa plus petite forme (migraine, tendinite, hématome...), on se retrouve coupé de notre corps: celui-ci, vidé de notre conscience, ne peut alors que disfonctionner! Si au contraire on habite ce corps qui est le nôtre, on remarque très vite que notre capacité à supporter devient beaucoup plus grande: on connaît cette douleur, on sait l'habiter, l'accompagner, la diriger, pour qu'elle soit, comme on l'a dit plus haut, non pas une faiblesse mais une force! La conscience que l'on peut porter à une partie de son corps, loin de la rendre plus douloureuse quand il y a douleur, agit et modifie en profondeur, où qu'elle aille.

* le refus de toute sensation forte: la plupart des gens cherchent l'intensité dans leur quotidien: prise d'alcool ou de drogues (même pour une soirée), sport "extrêmes" (glisse, vol...), visionnage de films violents ou qui font peur... On cherche l'intensité des sensations, on cultive le dépassement de soi. L'accouchement est un formidable moment pour se dépasser et vivre une intensité jusque là ignorée. Alors que c'est là le plus beau moment de la vie d'une femme, la naissance de son enfant, elle prend des produits pour ne plus rien ressentir!! Pourtant, dans cette instant magique et unique, les endorphines peuvent créer une intensité et une euphorie jamais vécues encore. La douleur est très différente d'une femme à une autre, d'un accouchement à un autre, aussi la meilleure préparation est-elle d'accepter toutes les éventualités: cela se fera comme cela doit se faire, la différence de vécu sera essentiellement la façon dont la femme vivra sa douleur. En accetant de vibrer intensément pendant l'accouchement et en étant active (bouger, changer de position, marcher, prendre un bain et surtout s'écouter), la femme peut faire l'expérience d'un état de conscience différent, intense, incroyablement conscient et presque "divin" qui ne pourra que rejaillir positivement sur sa capacité à être mère et sur sa relation avec son enfant.

* la connaissance de la cause de la douleur: lorsque l'on sait pourquoi on a mal, on peut relativiser cette douleur. Pendant un accouchement, on peut percevoir ces différentes douleurs:
          - pendant la première phase du travail, douleur du muscle utérin qui se contracte
          - plus rarement dans les lombes, une douleur musculaire: c'est le cas dans cet accouchement reputé douloureux est l'accouchement "par les reins", quand le bébé a la tête du mauvais côté et qu'il fera sa spirale en frottant sa tête contre la colonne vertébrale de la mère (dos contre le dos de sa mère et tête appuyant sur le sacrum de cette dernière), déclenchant des douleurs aux lombes et aux fessiers.
          - dans le bassin: étirement extrême des tissus, du col de l'utérus et du vagin, des couches des muscles du périnée lors du passage du bébé, ainsi que des douleurs ligamentaires et articulaires dues à l'ouverture maximale des articulations pelviennes, lors de l'expulsion.
Ces douleurs une fois reconnues, on peut sereinement envisager l'accouchement, non plus en tant que victime de la douleur, mais en tant qu'actrice de son accouchement, puisqu'on sait ce qui nous arrive. On peut alors envisager d'apprendre comment soulager ces douleurs de manière mécanique (massages, positions, bain, mouvements, respirations, sons, acupuncture, homéopathie, compresses chaudes ou froides...).

* l'état physique: la fatigue influence le vécu de la douleur et notre seuil d'acceptation à cette dernière. La femme doit essayer d'être reposée au moment de son accouchement, en se ménageant dans les semaines qui le précèdent.

* le mental et l'état d'esprit: sans le mental, chaque contraction serait efficace, dilaterait un peu plus le col et encouragerait le bébé à sortir. La femme enceinte a besoin de créer sa bulle, de se libérer du mental et de se concentrer sur l'accouchement, sur elle, et sur son bébé. Voir à ce sujet l'article les besoins de la femme qui accouche.


La péridurale en réponse à la peur: de nos jours, la péridurale a réponse à tout. Les préparations à la naissance sont souvent menées par des sages-femmes qui ont plus l'habitude d'accouchements sous péridurale que sans, de moins en moins de femmes envisagent de vivre leur accouchement sans péridurale. Généralement, les femmes demandent la péridurale avant même de souffrir véritablement, par peur de la douleur. De plus, le corps médical, de moins en moins habitué aux accouchements physiologiques et naturels, ne sait pas trop comment réagir pour aider une femme à accompagner sa douleur plutôt qu'à lutter contre: généralement l'accouchement se passe couchée sur le dos, dans la position la plus antiphysiologique qui soit, et sans aucun doute la plus douloureuse. Personne ne sait gérer, la péridurale est là pour pallier une méconnaissance et une ignorance des processus physiologiques de l'accouchement, et de tout ce qui pourrait soulager la douleur (parfois de manière radicale!). On pense que tout le monde n'est pas égal face à la douleur, que certaines femmes ne sont pas aptes à supporter la douleur de l'accouchement (mais alors, comment les femmes faisaient-elle il y a 100 ans encore??), et que la péridurale est un progrès dont il faut absolument faire profiter toutes les femmes. Or, si la péridurale est un progrès, c'est bien pour des situations très particulières: césariennes (et là merveille, la mère peut à présent accueillir elle-même son bébé!) et accouchements très longs (où elle permet à la mère de se reposer quelques heures avant de reprendre ses efforts). Pas pour les accouchements "normaux" où elle n'est pas à sa place!


Le sens de la douleur: un chemin initiatique: nous en avons parlé, l'accouchement est un moment d'une rare intensité, qui permet d'accéder au dépassement de soi-même. La femme qui accouche, profondément blottie dans sa bulle, au contact de ses sensations, de son corps, de son énergie qui circule intensément, de son bébé qui naît, de la Vie, ressent profondément le puissant appel à la Vie. Elle se sent reliée, à l'univers, aux autres femmes, à son bébé, et son être vibre au plus profond d'elle-même. Elle se trouvera bouleversée par l'accouchement, et en cela l'accouchement est un bénédiction qui  lui est faite: elle peut devenir initiatrice à la vie, femme-déesse qui a déjà donné la vie à partir de sa chair, enfanté à partir de son être. Elle peut faire l'expérience d'une dimension beaucoup plus large, se sentir connectée, projetée dans une dimension proche de la "divinité", par la puissance, la force de vie, l'amour qui lui sont conférés en cet insant. L'accouchement est un moment unique de transformation qui peut permettre à la femme de "grandir", de se remodeler. Vivre la naissance comme cela, sans à priori, sans attentes, juste dans l'intensité du moment et dans l'acceptation de ce qu'elle vit donne à l'accouchement de la femme une dimension fantastique, merveilleuse, magnifique. Et la relation mère-enfant s'en trouvera magnifée, la mère ayant confiance en ses capacités de femme et de mère, et son dépassement d'elle-même l'autorisant à instiller à son enfant tout l'amour qu'elle lui porte, sans tabou, sans limites, sans obstacles.


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