Les besoins de la femme qui accouche

Publié le par L'Âge de Lait

 

La femme qui accouche a des besoins très particuliers, qu’il est important non seulement de respecter, mais de satisfaire. C’est là la condition sine qua non pour qu’elle puisse créer sa bulle. Cette bulle est son lieu (intérieur) de recueillement, qu’elle atteint en se mettant dans un état d’esprit typique de la femme qui accouche. Une femme en travail doit être très instinctive, on pourrait dire plus proche de l’animal qui vit en elle, si elle veut que son accouchement se déroule dans les meilleures conditions possibles : pas de mental (le mental stimule le néocortex, qui bloque le cocktail d’hormones nécessaire au bon déroulement de l’accouchement), la possibilité de se sentir rassuré et à l’aise dans le lieu où elle se trouve, et la possibilité de créer sa bulle.

Une femme en travail a besoin que son cerveau « primitif », le cerveau reptilien, soit suffisamment actif pour libérer un flot d’hormones nécessaires au bon déroulement du travail. Cette partie du cerveau, nous l’avons en commun avec tous les mammifères, contrairement au néo-cortex qui, lui, gère, réfléchit, mentalise, intellectualise. La femme en travail, si elle est laissée tranquille et en de bonnes conditions, donne l’impression de se couper du monde, d’ignorer ce qui se passe autour d’elle, de tout oublier de ce qu’elle a appris ou lu, d’être « sur une autre planète ». C’est la réduction de la stimulation du néocortex qui donne ce résultat, et c’est là l’aspect le plus important de la physiologie de l’accouchement : la femme peut alors s’écouter, faire le point sur ses besoins essentiels et découvrir que, avec l’aide de son instinct maternel si puissant, elle sait spontanément non seulement ce qu’il faut qu’elle fasse (changer de position, faire des respirations ou des sons…), mais également ce qui se passe en elle : elle est au contact profond de son corps et de son bébé et sait d’instinct si tout se passe bien ou non, puis, après l’expulsion du bébé, les gestes qu’elle doit faire pour s’occuper de son bébé.

 

Pour que le néocortex ne soit pas stimulé outre mesure pendant l’accouchement, la femme doit être respectée dans quelques mesures qu’il est bon de pouvoir prendre :

 

·   son mental ne doit pas être stimulé : ne pas lui parler sauf si elle en fait la demande, chuchoter autour d’elle ou, mieux encore, faire silence, ne pas lui faire remplir des papiers ou lui demander des informations (son code postal, par exemple !!)

·   limiter le bruit. Le bruit perturbe la femme qui accouche : l’idéal est de ne pas s’activer autour d’elle, de ne pas mettre de musique (ou une musique douce à faible son), de ne pas parler ou en chuchotant.

·   ne pas la perturber dans les gestes et sons qu’elle fait : elle peut se comporter d’une manière qui serait sans doute inacceptable dans la vie quotidienne : crier, se mettre dans d’étranges positions (à quatre pattes, par exemple…), se montrer agressive si on la contrarie dans son besoin du moment… Il faut la laisser faire et accepter : elle seule sait ce qui est bon pour elle !

·   tamiser la lumière au maximum : la lumière stimule le néocortex. En plein jour, fermer les volets. En salle d’accouchement, baisser les lumières de manière à ce que la pénombre s’installe. Ne laisser qu’une petite lampe à lumière faible (genre lampe en sel), une bougie…

·   le fait de se sentir observée peut l’inhiber et donc stimuler son néocortex. Une femme en travail a besoin d’intimité : peu de monde dans la pièce où elle se trouve (et parfois la femme qui accouche va demander avec virulence, voire agressivité, à ceux qui sont présents de sortir !), pas d’entrées et sorties permanentes de la pièce où elle est : si des personnes sont susceptibles d’entrer et sortir à n’importe quel moment, elle ne se sent pas sécurisée et peut inhiber ses processus. A l’hôpital, on peut demander à limiter les allées et venues et le nombre de personnes qui entrent dans la pièce, que le personnel médical frappe avant d’entrer. On peut également amener un paréo que la femme en travail pourra poser sur elle de manière à ne pas se sentir exposée à tous les regards si elle choisit de prendre des positions où elle est exposée et vulnérable (encore une fois, la position à quatre pattes par exemple) : le paréo lui permettra de garder son intimité ! Il est intéressant de remarquer que souvent, les mammifères accouchent quand le groupe ne peut pas les observer : ainsi les animaux nocturnes accouchent souvent le jour, et les animaux diurnes, souvent la nuit, ou bien s’éloignent du groupe. C’est également ce qui se fait traditionnellement dans nombre de pays.

·   la femme en travail doit se sentir en sécurité. L’adrénaline, hormone du stress, bloque les sécrétions d’hormones qui sont nécessaires au bon déroulement de l’accouchement, et stimule le néocortex. La présence de proches (compagnon, mère…), et/ou d’une doula permet de pallier à ce besoin. Encore une fois, plus l’ambiance sera intimiste, plus la femme se sentira en sécurité. Plus le corps médical se montre sympathique et enveloppant, plus elle se sentira également en sécurité. Toute intervention médicale devrait se faire après avoir expliqué calmement, en mots simples et rassurants, ce qui se passe : la femme doit pouvoir avoir confiance dans les gens qui l’accompagnent pendant l’accouchement. Il est important que les personnes présentes soient le plus décontractées possible, car le stress est communicatif. Si le compagnon, ou toute personne présente, se sent par trop stressée, il est bon qu’il sorte un moment, qu’il fasse le vide, qu’il trouve des stratégies pour être calme !

 

Voici quelques besoins que peut ressentir une femme qui accouche. On remarquera à quel point ce peut être varié, parfois même complètement opposé d’une femme à une autre ! L’important est de laisser la femme décider de ce qui est bon pour elle, et de respecter ses besoins, sa demande, elle sait ce qui est bon pour elle !

·     manger/ boire/ ou pas

·        marcher

·        douceur, se sentir aimée

·        être accueillie

·        être seule/ entourée

·        calme, silence (remarque : certaines femmes, notamment dans un accouchement à domicile, peuvent avoir besoin, au contraire, d’une musique très forte : elles ne parviennent pas à « se lâcher » si elles pensent que leurs voisins peuvent l’entendre. Une musique forte peut lui permettre de se désinhiber et donc de crier si elle en ressent le besoin, sans crainte d’être entendue par ses voisins !)

·        température adéquate :une femme qui accouche a tendance à avoir froid : la température doit être chaude, d’au moins 25°C, et même plus encore dès la naissance, car le bébé, lui sort d’un milieu à 37°C et ressent une température plus basse comme un nouveau choc. L’expulsion du placenta se fait plus aisément à bonne température, et il y a moins de risques d’hémorragie si la mère a bien chaud. Il faut néanmoins se fier à ce que dit la femme, et régler la température en fonction de ses besoins.

·        tolérance, non-jugement

·        obscurité

·        être en confiance, mise en confiance

·        rester mobile : une femme qui accouche a besoin de pouvoir bouger, se déplacer, marcher, changer de positions. La position couchée sur le dos, les pieds dans les étriers est la plus anti-physiologique qui soit, et une femme qui est écoutée dans ses besoins ne la prendra généralement pas spontanément, préférant les positions accroupie, à quatre pattes, suspendue à quelque chose, voire éventuellement allongée sur le côté si elle se sent fatiguée.

·        baignoire/ ballon : un bain peut soulager considérablement la douleur des contractions. Il détend également la femme qui accouche. Beaucoup de femmes apprécient énormément le contact de l’eau pendant leur accouchement. Le ballon permet de prendre diverses positions, et de soulager le dos et les lombes.

·        être informée : rien n’est plus angoissant pour la femme en travail que de ne pas savoir ce qui se passe à son propre accouchement, ce qu’on lui fait (quand il y a intervention bien sûr). Généralement, la sage-femme peut prendre le temps d’expliquer brièvement le problème  et comment on va intervenir, et pourquoi.

·        être rassurée

·        être encouragée

·        être massée, touchée, câlinée/ ou pas : certaines femmes ont un fort besoin de contact durant leur accouchement. D’autres, au contraire, ne supportent pas d’être touchée. Il faut accepter et respecter ce besoin, quel qu’il soit, et ne pas le prendre mal  ni le prendre pour soi !

·        être acquiescée dans le fait d’avoir mal (empathie)

·        pleurer/ crier/ rire/ chanter

·        intimité

·        se sentir respectée

·        ne pas sentir de stress : on l’a dit, le stress est communicatif. Si l’entourage (compagnon, proches, corps médical…) est stressé, la femme le sentira et en sera perturbée dans son processus d’accouchement.

·        liberté de mouvements et de positions

·        être actrice de son accouchement : c’est la femme qui accouche, la naissance de son enfant lui appartient (ainsi qu’à son bébé bien sûr). Elle a besoin de se sentir valorisée en tant que telle, de sentir qu’on lui fait confiance, qu’on sait qu’elle a la capacité d’accoucher, de faire confiance à ses sensations (exemple : si elle pousse, c’est qu’elle sent que « ça » pousse. Si elle ne le sent pas, cela ne sert à rien de lui dire de pousser, elle n’est pas prête et on lui vole sa place d’actrice (sauf urgence bien évidemment) comme si les sensations de son corps n’étaient pas justes !).

·        recueillement : la naissance d’un bébé est une moment merveilleux. C’est un instant sacré, et la femme qui accouche a besoin de sentir autour d’elle ce recueillement qui fait de la naissance un moment unique (et non l’air blasé de certains médecins ou sages-femmes…)

·        repos après l’accouchement, il faut lui laisser du temps pour récupérer !

·        être instinctive

·        sentir son bébé sur son ventre : dès qu’il est né, à peine sorti, le bébé doit être posé sur le ventre de sa mère, et on doit les laisser tranquilles (sauf problème bien sûr), tous les deux, avec le père. La femme qui vient d’accoucher a besoin de ce contact pour créer le lien mère-enfant, pour se remettre rapidement de son accouchement, pour se sentir comblée. Il est important de ne pas perturber ce premier contact, et de laisser à la mère et au bébé au moins deux heures pour faire connaissance et se rencontrer. Les soins et tests pourront être faits plus tard (si tout s’est bien passé) !

·        inspecter son bébé

·        plonger son regard dans celui du bébé

·        sentir son bébé, le caresser, le laisser ramper jusqu’à son sein pour la première tétée (qui stimulera les contractions qui expulseront le placenta et aideront l’utérus à reprendre sa taille initiale, stimulera la lactation et sera bien sûr un moment d’intense bonheur pour la mère et son bébé…)

 

Bibliographie:

L'amour scientifié, les mécanismes de l'amour, de Michel Odent

Naître et renaître dans l'eau, de Michel Odent.

 

 

 

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