La naissance: un sujet de polémique. Témoignage.

Publié le par L'Âge de Lait

Je suis mère d’un bébé de 19 mois, né à la maison dans la plus grande simplicité, et cela avec pour seuls « accompagnants » mon compagnon et ma belle-mère. Le chemin qui m’a mené à cet accouchement sort assez rapidement, dès le début de ma grossesse, des sentiers battus de la médecine « traditionnelle » et est né d’un intense besoin de m’approprier cette naissance, de la vivre comme je pense qu’une naissance a le droit d’être vécue : comme un acte de la vie quotidienne, dans le confort rassurant de notre propre maison, et sans interférence. Bien sûr, ce n’est pas toujours possible, mais dans mon cas, mon intuition et le ressenti que j’ai développé de mon corps à travers une approche de la grossesse par le yoga de la femme enceinte (grâce aux fabuleux livres de Martine Texier), que j’ai pratiqué environ une heure par jour pendant les six derniers mois de ma grossesse, m’ont permis de me sentir à l’aise, en confiance, pour un accouchement aussi naturel que possible. Je savais que mon corps saurait accoucher !! Cet accouchement a été merveilleux, et un véritable révélateur pour moi : j’ai trouvé là une vocation, dans la beauté de la Vie à sa source jaillissante. J’ai éprouvé le besoin de faire partager mon expérience, d’aider d’autres femmes à prendre confiance en elles car chacune possède cette force de Vie, ce savoir du corps profondément ancré en elle.

 

J’avais commencé par chercher une sage-femme libérale pratiquant l’accouchement à domicile, mais il n’y en avait pas en Ariège où je vivais alors, et je me suis sentie capable de faire sans, de vivre cette naissance seule face à moi-même, à la Vie et, inévitablement, à la mort qui rôde toujours non loin de cette dernière.

            J’ai eu un tout début de parcours « politiquement correct », avec analyses de laboratoire et inscription à la maternité, mais j’ai rapidement pris conscience du sacrilège sans nom que le corps médical et la société ont perpétré dans le domaine de la grossesse et de l’accouchement. Analyses répétées et sans but réellement vital pour la femme et son enfant, trop souvent mal comprises qui plus est, touchers vaginaux à outrance (que, pour ma part, j’ai toujours refusés comme étant la marque de la violence que l’on fait subir aux femmes enceintes pour des raisons peu valables), stress des consultations (le poids, la tension…) : la rigidité qui se dégage du suivi de grossesse est incompatible avec la Vie. A l’écoute des autres femmes enceintes et des jeunes mères, ainsi que par les dialogues de sourds qui se dégagent de toute consultation médicale, j’en viens à penser que c’est l’homme, dans sa virile masculinité qui, par peur de l’incontrôlable phénomène de la grossesse et de la naissance, de la Force de Vie qui se dégage de l’accouchement, a mis ce carcan à la femme (qui l’a certes elle-même accepté), afin de la garder sous sa coupe à cet instant où elle est « Dieu Qui Donne La Vie ». Alors que la femme enceinte, la femme qui accouche est Instinct primal et contacte, par son cerveau archaïque, la Source de Vie, l’homme, en ces temps où le Mental domine, a cherché, par une médecine intrusive et hautement technicisée, à contrôler cela, à l’enfermer, à le faire taire…

Et la femme, conquise par la promesse de plus de sécurité, de moins de douleur, a oublié à quel point l’accouchement était initiatique, s’est détournée de la Vie et s’est soumise, par peur elle aussi, à la pitoyable mascarade qu’est l’accouchement moderne. Il suffit de voir comme tout tourne autour de la sécurité de la plate-forme médicale, de « l’accouchement sans douleur » pour comprendre, mais également de voir comme la notion de peur est occultée dans ce domaine : les témoignages d’accouchement ne montrent pas cette peur de la mort, pourtant inhérente à la création de la Vie, et qui est de plus physiologique : il s’agit de cet instant, ce « point de non-retour » où les processus d’accouchement ne peuvent plus être stoppés, où le cerveau archaïque informe le corps d’un danger imminent et libère notamment l’adrénaline, ; cette période, toute femme qui a accouché la reconnaît -lorsqu’on la met en confiance et qu’elle se sent libre de se confier sans être jugée- comme ce moment de l’accouchement où elle sent qu’elle va mourir –mort qui existe bel et bien sur le plan spirituel et qui est la porte de l’initiation. Vie et Mort sont tellement indissociables qu’on ne peut les séparer si facilement sans en subir de graves conséquences –celles d’une société qui ne vit pas mais qui n’ose pas mourir à quelque chose de nouveau non plus. Je suis persuadée que pour changer le monde, pour révolutionner la société vers une nouvelle conscience plus éclairée et vers une vie plus Vivante, plus spirituelle, il nous faut changer notre regard sur la naissance –et sur la mort du même coup. Il nous faut avoir foi en nous, foi en ce grand miracle qu’est la Vie, et l’insuffler à tous ceux que nous pouvons toucher.

Forte de ces remarques, et quelque peu déstabilisée par la cruauté inhérente à ce gâchis de Vie,  j’ai pris peur. Cependant, ce n’est pas de l’accouchement que j’ai peur, mais bien de l’hôpital ! Même si j’ai depuis le début souhaité accoucher chez moi, j’ai pris, à cet instant, conscience de ce que représenterait réellement pour  moi un accouchement à l’hôpital… C’est alors qu’a émergé en moi une confiance tranquille en la Vie, une véritable Foi en moi et en mon bébé. C’est à ce moment que j’ai ressenti le désir de partager cette sérénité et que j’ai commencé à me renseigner sur les formations de doulas qui existent.

La naissance de Gabriel s’est passé comme nous l’avions rêvé (à peu de choses près…) et a donc été, comme je l’ai dit, une véritable révélation. Si nous avions pu vivre cette douceur, cette félicité de la naissance, pourquoi tout le monde n’y aurait-il pas accès ? Je suis persuadée, encore aujourd’hui, que changer la naissance changerait la face du monde. Car, aussi violent, ou plutôt devrais-je dire houleux que soit l’accouchement, c’est la paix, la sérénité, l’amour qui s’en dégagent dans un tel moment, et je pense que cela reste ancré toute la vie dans le cœur de l’enfant ainsi né. Pour vivre dans un monde meilleur, un monde de paix, d’amour et de justice, il faut changer, je l’ai dit, notre regard sur la naissance, changer la naissance et le suivi de grossesse.

Depuis mon accouchement, je pense que les femmes n’ont réellement besoin de personne pour accoucher, mais qu’une personne en qui elles et leurs maris ont confiance peut leur permettre de sortir des sentiers battus et de découvrir le bonheur d’être acteurs de cette naissance et non plus « patients », terme qui démontre bien à quel point la femme n’est pas au centre de son accouchement et doit faire preuve de « patience » pour supporter tout le corps médical. Le rôle d’une doula, ou de tout autre accompagnant de naissance, est de redonner à la femme son rôle premier –celui qui est d’accoucher et non d’être accouchée. Dans beaucoup de sociétés traditionnelles, les femmes enceintes sont entourées de femmes « de sagesse », qui ont déjà donné la vie, et qui ont souvent vu enfanter des dizaines d’autres femmes. Mais il n’est pas rare qu’au final, la femme accouche seule, dans les bois, dans le désert… seule mais jamais bien loin d’une oreille attentive et prête à lui porter secours. La doula est la « servante », celle qui est à l’écoute des besoins de la femme enceinte, prête à l’aider si elle a besoin de s’épancher, prête à la soutenir si elle se sent brusquement faible, prête à lui insuffler le courage d’être Femme, d’être ce « Dieu Qui Donne La Vie ». Elle est aussi là pour se taire et se retirer, s’effacer pour ne pas déranger les délicats mélanges d’hormones qui s’entremêlent en une si fragile alchimie dans le corps de la femme qui accouche, humble face à la Force de Vie qui vibre chez la femme qui accouche. Elle est là pour aider le père à trouver sa place dans l’accouchement, s’il hésite ou qu’il se trouble à son tour devant sa compagne devenue la « Déesse primordiale », ou pour s’effacer s’il a déjà trouvé sa place. Elle est là pour guider le couple, répondre à ses questions et à ses demandes, ou tout simplement pour tenir le rôle d’Isis, invisible et pourtant si présente qu’on oublie un instant qu’elle est là, qu’elle veille, comme le gardien d’un temple. Elle doit être femme et mère, et Mère (ou Mer…), remplie de compassion, d’amour… et d’humilité. Elle n’est pas celle qui décide (et découpe et perfuse et ventouse…), mais bien celle qui recueille, elle se donne elle-même à la Vie et reçoit en retour la Vie en son sein, et devient « Déesse-Mère », celle en présence de qui on peut, confiant, enfin être soi-même et s’ouvrir à la Vie, avec tout son flot d’émotions, de peur, de joie, et d’amour.

Voilà selon moi le rôle que doit jouer la doula dans un accouchement, et dans le suivi de grossesse et le post-partum également. Je ne prône pas l’accouchement à domicile non assisté, non, mais je pense qu’il est important que les femmes prennent confiance en elles et écoutent leur instinct, et cela quelles que soient les conditions de l’accouchement. Je ne remets pas en question le bien-fondé de certaines interventions, il y a des accouchements qui se passent moins bien que prévu, mais je pense que beaucoup de problèmes de grossesse et d’accouchement sont liés aux conditions inhumaines dans lesquelles on place les femmes pendant ce merveilleux mais ô combien difficile parcours. Ce dont a besoin la femme enceinte, la femme qui accouche et la toute jeune mère, c’est d’être rassurée, d’être en confiance, soutenue, mais discrètement, afin de pouvoir profiter sans interférence de son bébé. Une femme sait d’instinct ce qu’elle doit faire pour que sa grossesse se passe bien, elle sait d’instinct accoucher, mettre son bébé au sein et s’en occuper… Toutes les mères le savent, il suffit de regarder une mère animale pour s’en rendre compte, ou tout simplement une mère humaine dans un contexte « not managed » ! Ce qu’il lui faut donc, c’est avoir le droit de retrouver cette confiance sereine en ses capacités et en ses instincts, et cela, une doula, par l’approche sensible et humaine qu’elle a du suivi de grossesse, peut l’aider à en trouver l’essence et le sens en elle.

Loin de prôner l’accouchement non assisté comme seule forme d’accouchement valable, je me positionne par contre pour un accouchement le moins médicalisé possible et, quand cela peut se passer ainsi, naturel. Comme le dit le docteur Yoshimura, de la maison de naissance de Nagoya, au Japon, « l’accouchement, c’est la même chose qu’un lever de soleil. Quand le soleil sort de l’horizon, on ne le tire pas au forceps ou on ne le retient pas parce que c’est trop tôt ! » Je pense que trop souvent il y a intervention là où il n’y a pas lieu. Et les conditions stressantes de beaucoup d’hôpitaux, ainsi que la prise en charge intrusive qui destitue la femme de s fonction (d’accoucheuse elle devient accouchée) provoquent également beaucoup de complications. Peut-être tout simplement une présence humaine mais discrète permettrait-elle de redonner à la femme sa sérénité et sa confiance en elle ? Cela, c’est à la doula de l’apporter…

Cela n’empêche pas un travail en tandem avec une sage-femme (ou un médecin). Au contraire. Les sages-femmes n’ont trop souvent pas assez de temps à passer avec les femmes enceintes, et ne peuvent s’attarder à personnaliser réellement ce suivi de grossesse et de post-partum. C’est donc à la doula, plus disponible, de prendre le temps de s’ouvrir à un suivi plus humain, de recevoir les émotions de la femme enceinte, de l’accompagner dans son ressenti. Je pense que l’idéal serait que les sages-femmes et les doulas travaillent ensemble, en duo, et que ce serait là une recette à la fois rassurante et responsabilisante pour la femme enceinte.

De plus, qui s’occupe du père, de la famille, du couple ? Bien sûr, c’est la femme qui porte le bébé, qui accouche, qui allaite, mais le futur papa dans tout cela ? Les futurs frères et sœurs ? Comment vivent-ils tout cela ? Ou peuvent-ils se placer, comment peuvent-ils se positionner ? Et, dans le cas d’une nouvelle famille, que fait-on du couple ? A toutes ces questions, la doula va répondre. Plus encore, elle va encourager le père, la famille à se poser ces questions, à y chercher leur propre réponse, en harmonie avec leurs désirs et leurs besoins à tous. On oublie trop souvent à quel point une naissance est bouleversante aussi pour le compagnon et les enfants, et c’est bien dommage. On les laisse se débrouiller tout seuls, avec toutes ces émotions parfois violentes. Jalousie des enfants, détresse du père qui voudrait secourir ou soulager sa femme mais ne sait pas comment s’y prendre… La doula est là pour aider cette nouvelle famille à trouver un point d’équilibre, pour trouver sa place dans cette fabuleuse aventure de la Vie.

 

La vision que j’ai du suivi de la grossesse, de l’accouchement et du post-partum est donc un point de vue holistique, basé sur la responsabilisation des femmes, et de leur famille. Il ne s’agit pas de les laisser livrées à elle même, mais bien de les accompagner dans une aventure dont elles restent malgré tout le personnage principal, l’héroïne. Même dans des  conditions difficiles (césarienne par exemple), la femme a le droit d’être considérée comme la principale actrice de son accouchement, d’être respectée et… écoutée. Elle a aussi le droit de douter, et d’avoir un appui extérieur sur lequel elle peut compter si elle ou les siens en ont besoin.

Toutes les informations que j’ai acquises ces dernières années et toutes les démarches que j’ai faites en ce sens n’ont fait que confirmer les choses. Je sais maintenant que plus on prend le temps de mettre une femme enceinte en confiance, plus il y a de chance pour que l’accouchement se passe dans de bonnes conditions. Et je pense que cela vaut la peine de tenter l’aventure, de tenter de donner enfin à la naissance une dimension plus « humaine ». Le monde de demain ne dépend-il pas des nouveaux-nés d’aujourd’hui ?

 

Aurélie

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