la place du père pendant l'accouchement

Publié le par L'Âge de Lait

PICT0018Aujourd’hui en France, la place du futur papa aux côté de la femme qui accouche est un acquis. Le père est là, il assiste à l’accouchement, c’est presque une évidence ! Et pourtant… la présence dpère n’est pas toujours souhaitée par la future maman, et le père ne souhaite parfois pas assister à l’accouchement. Ça n’est pas politiquement correct, et beaucoup de couple en font les frais. Eloignement, séparation, fuite, difficulté à reprendre une sexualité… Nombreuses sont les conséquences de cette présence « obligatoire » à l’accouchement, et trop nombreux sont les couples qui en souffrent sans parfois oser même en parler.

Où se trouve la place du père pendant l’accouchement ? Aux côtés de sa femme ? Dans une autre pièce ? Faisons un petit tour d’horizon de l’historique de la place de l’homme au cours de la naissance.

Très peu de peuples acceptent la présence de l’homme au cours de l’accouchement. Pour beaucoup, ce serait même réellement néfaste qu’il y assiste. Dans la tradition juive, par exemple, le père ne doit pas être présent à l’accouchement, parce que le risque serait qu’il perde tout attrait sexuel pour sa femme. L’accouchement est une histoire de femmes, et aucun homme ne semble y avoir sa place dans beaucoup de peuples. Même en cas de problème au cours de l’accouchement, le chamane (qui joue alors en quelque sorte le rôle de « médecin ») n’aura que rarement le droit de pénétrer dans le lieu où se déroule l’accouchement et officiera depuis l’extérieur. Dans un certain nombre de peuples, le père sera même le centre d’un autre rituel, dans un autre lieu, avec des hommes, tandis que les femmes s’occuperont de l’enfantement entre elles.

En France, le même scénario se déroule encore dans les années 50. Les femmes sont entre elles pour l’accouchement, aucun homme n’est autorisé. Même aux débuts des naissances en hôpital, il était rare que l’homme soit accepté en salle de naissance. Ce n’est que dans les années 70, avec l’augmentation brusque du nombre de naissance à l’hôpital et l’arrivée massive de la haute technologie dans la salle d’accouchement (les appareils électroniques tels que le monitoring par exemple) que la demande occasionnelle de certaines femmes que le père assiste à l’accouchement se transforme brusquement en véritable « doctrine ». On pense que la famille va être plus unie après avoir vécu « ça » ensemble. On pense également que ce bébé a été fait ensemble, et qu’on va donc l’accoucher ensemble.

Selon Michel Odent, ces deux théories ne sont pas justes. Pour lui, si la conception du bébé est une histoire à deux, entre un homme et une femme, la naissance et l’allaitement sont également des histoires à deux. Cependant, dans ces deux derniers cas, le second protagoniste est le bébé… Il pense que la présence du père à l’accouchement rend souvent la naissance plus longue et difficile. En effet, on sait que l’hormone qui agit pour déclencher et faciliter l’accouchement est l’ocytocine. Or, l’adrénaline, hormone sécrétée en situation de stress, de peur, bloque la sécrétion d’ocytocine. De plus, elle est « contagieuse », c'est-à-dire que si quelqu’un sécrète de l’adrénaline au cours d’un accouchement, puisque c’est l’évènement qui nous intéresse ici, tout le monde se mettra à en sécréter… y compris bien sûr la femme qui accouche ! Biens sûr, il est tout à fait normal que le père s’inquiète au cours d’un accouchement, qu’il stresse… Non seulement lui-même n’a pas l’expérience personnelle de l’accouchement (évidemment), mais aussi il voit sa femme dans un état bien particulier, dans un passage initiatique entre la vie et la mort, souffrir… sans pouvoir rien y faire ! Ce sentiment d’impuissance, d’inaction a de quoi en stresser plus d’un… Cependant, ce stress étant communicatif peut devenir un danger, et provoquer chez la femme des difficultés imprévues. Bien sûr, il est normal qu’un homme, qui n’a jamais accouché et qui voit sa femme souffrir, ne soit pas des plus sereins… Mais dans ces cas-là, et dans la mesure du possible, ne serait-il pas mieux alors qu’il soit occupé à autre chose (et je dis bien occupé, pas isolé à attendre dans l’angoisse sans pouvoir rien faire ni rien voir !), non loin de là mais pas dans la même pièce ? Il arrive souvent, pendant des accouchements à domicile, que la mère accouche alors que le père était parti chercher quelque chose, faire chauffer de l’eau, boire un coup… bref, la femme semble alors choisir juste ce moment-là pour que son enfant naisse, quelle coïncidence ! Michel Odent explique que lorsqu’il assiste à des naissances (à domicile), il s’installe dans la cuisine avec le père, à discuter, pendant que la femme gère le travail, toute seule ou avec une doula (ou un membre de la famille féminin) à ses côtés. La proximité permet alors d’être à l’écoute et disponible si la femme a un besoin ou envie de présence, et en même temps elle peut se mettre dans sa bulle tranquillement, sereinement, dans l’intimité et la sécurité.

D’ailleurs, les mammifères accouchent généralement sans la présence des mâles, les animaux de jour la nuit et les animaux de nuit le jour, retirés du groupe.

Bien sûr, en milieu hospitalier, la présence du père rassure car il est souvent le seul élément connu, proche, complice, auquel la femme peut se raccrocher. Beaucoup de femmes témoignent que dans ces conditions (milieu froid, inconnu, personnel inconnu également et dont les gardes changent souvent en cours de travail), leur compagnon a été d’une importance capitale, et que sans lui l’accouchement aurait sans doute tourné au drame. Des femmes disent avoir pu se raccrocher à ce roc tranquille qu’était leur compagnon, ou bien qu’elles ont pu créer une bulle uniquement parce qu’elles se sentaient protégée par la présence de leur compagnon à leurs côtés. Il serait intéressant que la femme puisse être accompagnée par des visages connus féminins, et pas qu’elle accouche dans un milieu froid et totalement étranger (même en hôpital on pourrait imaginer une salle d’accouchement personnalisée, un personnel médical qui soit celui qui aurait suivi la femme pendant sa grossesse, et une personne ressource –famille, amie, doula…- pour l’accompagner en douceur et dans la confiance).

Il y a aussi des naissances, à la maison, où la présence du père est importante: lorsque la femme a besoin d'un massage, d'un soin particulier, d'être englobée, de se sentir protégée... ou dans le cas de certains accouchements qui peuvent être très sensuels (voir  Un article sur l'accouchement orgasmique: intéressant!).p-couple-tendresse.jpg

Michel Odent, et d’autres spécialistes mettent un autre bémol à la présence du père à l’accouchement : les risques sur sa santé psychique, à assister à une scène à laquelle la nature n’a pas prévu qu’il assiste peut avoir des retentissements psychologiques très importants. Selon Michel Odent, au moins 90% des hommes seront perturbés (à différents degrés cependant) par l’accouchement de leur femme. En effet, c’est une aventure bien particulière qu’une naissance, et l’homme voit là sa femme comme elle n’a jamais été (animalité de la naissance, souffrance, désinhibition parfois totale), sans compter ceux qui assistent réellement à la naissance et qui voient le bébé naître : cela peut être très choquant de voir le sexe de sa femme si « déformé », et cette tête de bébé énorme qui en sort, le sang qui peut être présent, parfois en abondance, c’est réellement impressionnant. C’est surtout en cas de naissance à l’hôpital qu’on observe à quel point nombre de père peuvent être perturbés par la naissance et il y a de quoi : lorsque la femme est en position gynécologique, pieds dans les étriers, avec du personnel médical penché sur son sexe, qui la touche, manipule son sexe et son bébé parfois, et voir la naissance d’une manière très impudique (en cas de naissance dans une position plus physiologique et pudique, telle accroupie, on remarque que souvent les pères sont moins touchés car ils ne voient pas grand-chose de ce qui se passe !), cela peut être traumatisant pour certains.

Quels sont les risques pour la santé du père ?

- Dépression post-natale de l’homme avec symptômes parfois physiques comme des douleurs, des maladies brusques…

- Fuite physique : nous parlons ici de séparations, fuite dans le travail, avec des copains, dans des bars, cassure temporelle, départs brusques, voyages impromptus…

- Fuite psychologique : schizophrénie, jeux vidéos, télévision…

- Plus d’envie de faire l’amour : plus de désir, souvent lié au souvenir du sexe béant et accouchant de la femme enfantant, mais qui peut être aussi une peur de toucher, de faire mal, ou une impression de séparation comme si l’expérience vécue avait creusé un fossé.

On voit que la présence de l’homme à l’accouchement, loin de n’avoir que des avantages, peut être perturbatrice pour l’accouchement lui-même ou pour le couple, la famille nouvellement créée. Cette présence est à réfléchir, à discuter, à préparer de longue haleine, afin qu’elle ne soit pas un élément facteur de troubles parce qu’elle n’est pas souhaitée par l’un ou par l’autre, ou parce que l’un ou/et l’autre n’est pas préparé à vivre un tel ouragan. Quand c’est possible, la présence d’une autre femme aux côtés de la mère qui accouche peut être d’une grande aide et soulager le père d’une obligation d’être à une place qui n’est pas dans sa nature. En parler, avant, après, avec sa compagne/ son compagnon, ou avec quelqu’un qui sache écouter d’éventuelles émotions fortes, ou difficilement gérables, nous semble également d’une grande importance pour le bien-être de chacun. Tout comme la naissance en elle-même, il est bon que chacun puisse faire son choix selon son histoire, selon son ressenti, et non pas selon les coutumes d’un pays.

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