Croyances, rituels et perturbation de l’accouchement

Publié le par L'Âge de Lait

Dans la plupart des sociétés traditionnelles, de nombreux rituels sont mis en place autour de l'accouchement et de l'accueil du nouveau né. Or, ils sont souvent très invasifs et perturbateurs pour la femme et son bébé. La physiologie est très rarement respectée.

Comment expliquer que la quasi totalité de ces traditions et rituels perturbent l'accouchement, en particulier la troisième phase du travail, et ignorent souvent les besoins de base du nouveau-né (besoin de sa mère, de chaleur, de calme, d'obscurité, de téter...)?

Selon Michel Odent, il y a des avantages évolutifs à transmettre ces croyances en dépit de leur coût (grande fréquence de difficulté à délivrer le placenta, hémorragie et mort de la mère): presque toutes les sociétés que nous sommes en mesure d'étudier aujourd'hui ont les mêmes stratégies de survie: domination sur la nature et sur d'autres groupes d'humains. Il y a avantage à développer le potentiel humain d'agressivité en modérant la capacité d'amour, à développer la capacité de détruire la vie, à modérer le respect pour la Terre-Mère.

On sait aujourd'hui que la femme en couches a besoin de calme, d'obscurité, de chaleur... pour que tout se passe de manière physiologique. D'autre part, après la naissance du bébé, et avant l'expulsion du placenta, la mère a la capacité physique de libérer un pic très élevé d'ocytocine (plus élevé que pendant l'accouchement ou un orgasme), pic qui semble vital pour la délivrance du placenta et l'attachement à son bébé. Pour cela, la mère doit être dans des conditions d'environnement très particulières: il ne faut pas qu'elle ait froid, ni qu'elle soit distraite: elle doit pouvoir se concentrer uniquement sur son bébé, sentir sont contact, la peau de son bébé, l'odeur de son bébé, le regarder dans les yeux... faire connaissance avec lui dans la plus grande intimité. Perturber ce moment est dangereux pour la suite, puisqu'elle empêche partiellement l'expulsion correcte du placenta d'où de nombreuses révisions utérines, hémorragies... Selon Michel Odent, dans un accouchement physiologique et donc non perturbé, il n'y a pas de raison qu'il y ait d'hémorragie!! D'où aussi sans doute la difficulté de certaines mères à aimer leur bébé dans les premiers jours...

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Bref, presque tous les peuples ont de tous temps cherché à perturber et empêcher la libération de ce pic d'ocytocine par des rituels ou gestes: prendre le bébé, faire du bruit, parler à la maman, examiner la mère ou le bébé (bien sûr il y a parfois urgence, mais autrement, tout geste intrusif dans le couple mère-enfant devrait être évité), couper le cordon... ce sont des gestes qui perturbent et distraient le couple mère-enfant nouvellement formé et qui empêchent la libération de ce pic d'ocytocine. Ils sont donc potentiellement dangereux!

On voit nombre de rituels extrêmement intrusifs dans les peuples traditionnels (nous venons d'évoquer certains de ceux qui ont cours chez nous): au Maghreb, les femmes poussent des "youyous" quand l'enfant est né; ailleurs on applaudit; au Togo, le bébé nouveau-né doit boire quelques gouttes d'eau qu'on dépose sur sa langue et sur sa bouche; au Népal on dépose le bébé dans un panier rempli de grains pour simuler l'achat de l'enfant; dans l'ancienne Spartes, on lançait les bébés par terre: ceux qui survivaient étaient dignes d'être de futurs guerriers, les autres étant considérés comme ayant été trop faibles de toute façon!! Dans beaucoup de peuples, si la femme a du mal à accoucher, elle devra faire souvent tout un rituel pour demander pardon aux dieux, aux esprits, ou à des personnes qu'elle aurait pu offenser, perturbant ainsi un peu plus l'accouchement... dans beaucoup de peuples également, pendant l'accouchement, on pratique des massages très intrusifs, en massant énergiquement le ventre de la maman. En France, autrefois, la matrone qui massait la maman pouvait même mettre des coups dans le dos de la mère pour ébranler l'enfant à naître. Dans la plupart des peuples, l'enfant n'est pas non plus laissé avec la mère après sa naissance (il doit être présenté au père, ou lavé, ou posé dans un endroit particulier

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...) Tous ces rituels perturbent l'accouchement ou l'expulsion du placenta.

Voir également l'article la place du père pendant l'accouchement , qui peut être également source de perturbation.

Certains peuples cependant, comme les pygmées, qui n'ont pas de conflits, ni avec la nature ni avec d'autres peuples, perturbent très peu le processus physiologique de l'accouchement.

Tout cela laisse à penser qu'en arrêtant de perturber le processus d'accouchement, les hommes pourraient développer leur capacité d'amour, de pacifisme, de respect à la Terre... En redécouvrant les besoins de base de la mère et du bébé, en se libérant des rituels et croyances qui nous imprègnent, on pourrait rêver à un monde en paix!!

 

Pour aller plus loin:

Bibliographie:

Venir au monde, de Lise Bartoli

Votre bébé est le plus beau des mammifères, de Michel Odent

Autres articles:

Ne gérez pas la troisième phase du travail ! L'expulsion du placenta

Les hémorragies de la délivrance

la place du père pendant l'accouchement

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